Un "premium" sinon rien·
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A première vue le vocabulaire en dit toujours très long sur l’état d’une société et le mot à la mode en ce moment c’est « premium ». Il fallait entendre l’autre jour sur France Inter avec quelle fierté pubertaire le patron de Direct 8 annonçait que sa petite chaine était devenue « premium ». Kesako direz vous ? Et bien une chaine « premium » c’en est une qui offre à la fois un journal télévisé et du football. Du coup c’est plus une petite mais une grande chaine. Car le mot « premium » (qui malgré les apparences ne vient pas du latin mais de l’anglais et plus précisément du jargon boursier) apparaît forcément laudatif.
Peu importe que « premium » soit aussi une gamme de camions fabriqués par Renault, une marque de bière ou même une estampille de jus d’orange, le mot « premium » sonne bien. Il donne de l’importance et impose le respect. Comment résister par exemple à une « offre premium » quand on souscrit un abonnement ? Comment ne pas choisir la « carte premium » quand on adhère à un club ? Comment ne pas se laisser tenter par la « série premium » quand on achète une nouvelle voiture ?
Car « premium » est un concept de marketing, un ersatz de la société de consommation, l’arme absolue de l’attrape gogo qui fait croire à l’acheteur que pour lui (spécialement) et pour lui (seulement) les privilèges abolis dans la nuit du 4 aout seront rétablis l’espace d’un achat. Et ca marche.
On est désormais dans une société des séries spéciales de ceci des éditions limitées de cela. Il y a d’un coté le « premium » et de l’autre le « vulgum pecus ». « Premium », ça ne veut rien dire et donc c’est une usine à fantasmes, un mot qui rend fou. Y a qu’à regarder la pathétique fébrilité qui habite depuis quelques semaines les hommes et les femmes qui rêvent de devenir « premium » ministre.
| A première vue tous les jours à 19h55 sur FRANCE INFOS Retour sur un fait d’actualité du jour, pour vérifier et approfondir le sujet. Phrase, attitude, photo sont passées au crible pour mieux comprendre le monde qui nous entoure. | Patrice Bertin Ancien présentateur du journal de 19 h sur France Inter, puis directeur de la rédaction, il est aujourd’hui conseiller spécial du président de Radio France. |